2016. Le Mans, France. Je sors de deux années de rééducation après un accident qui a tout stoppé. Plus d'activité, plus de structure, plus de repères professionnels. Juste un corps qui se remet, un esprit qui tourne en boucle, et une certitude qui grandit : je ne veux pas reprendre ma vie d'avant. Je veux construire quelque chose qui a du sens.

Je n'ai pas de local. Pas de financement. Pas de réseau sur place. Pas d'expérience dans l'animation de territoire. Juste une vision — floue mais tenace — et une énergie retrouvée.

Trois ans plus tard, ce “quelque chose” s'appellera Oasis Karmonie. Un tiers-lieu citoyen dédié aux transitions écologiques, sociales et citoyennes. 800 acteurs locaux fédérés. Plus de 200 événements organisés. Un espace où des gens qui ne se connaissaient pas se sont mis à créer ensemble.

Voici l'histoire complète — et les 5 leçons que j'en tire pour quiconque veut construire un projet collectif en partant de zéro.

800
acteurs locaux fédérés en 3 ans — 200+ événements organisés
de zéro budget, zéro réseau, zéro local

La vision : un espace de transitions au service du territoire

L'idée de départ était simple dans sa formulation, monumentale dans son exécution : créer un lieu où les citoyens pourraient se retrouver pour agir concrètement sur les transitions — écologique, sociale, économique, citoyenne.

Pas un énième espace de coworking. Pas une association de plus. Un tiers-lieu au sens fort du terme : un espace entre le domicile et le travail où l'on crée du commun. Un lieu où les initiatives locales trouvent un terreau pour germer, se croiser et se renforcer mutuellement.

En France, le mouvement des tiers-lieux connaît alors une accélération. La Coopérative Oasis, portée par le mouvement Colibris, fédère des centaines de projets de lieux de vie et d'activité écologiques et citoyens. France Tiers-Lieux recense déjà des centaines d'espaces hybrides sur le territoire. Mais au Mans, à ce moment-là, rien de tout cela n'existe encore.

“Un tiers-lieu ne se décrète pas. Il se construit avec ceux qui le vivent.”

La construction : de l'espace vide aux 800 acteurs

La première étape n'a pas été de trouver un local. Elle a été de trouver des gens. Des gens qui partageaient le même constat — que quelque chose manquait sur le territoire — et la même envie d'agir.

J'ai commencé par organiser des rencontres informelles. Des discussions dans des cafés. Des ateliers ouverts dans des salles prêtées. Un événement, puis deux, puis dix. Chaque rencontre amenait de nouvelles personnes, de nouvelles idées, de nouvelles envies de contribuer.

Petit à petit, une communauté s'est formée. Pas par décret, mais par attraction. Des porteurs de projets, des associatifs, des élus locaux, des entrepreneurs sociaux, des citoyens engagés, des personnes en reconversion — tous sont venus parce qu'ils trouvaient là un espace où leur énergie avait un endroit où se déployer.

Puis le lieu physique est arrivé. Et avec lui, l'accélération.

Ce qui s'est créé à l'intérieur

Oasis Karmonie n'était pas un projet figé avec un programme défini à l'avance. C'était un écosystème vivant qui a pris la forme des besoins et des énergies de ceux qui le composaient. Voici ce qui a émergé :

Plus de 200 événements en 3 ans. Pas avec un budget marketing. Avec de l'énergie collective, de la débrouillardise et une vision partagée.

Ce que j'ai découvert en chemin

Construire un tiers-lieu, c'est un accélérateur d'apprentissage comme je n'en avais jamais connu. Voici les découvertes qui ont transformé ma façon de travailler et de penser — définitivement :

Ces méthodes ne sont pas restées théoriques. Elles ont été testées, ajustées, éprouvées dans le quotidien d'un lieu où 800 personnes devaient cohabiter, décider et avancer ensemble. C'est cette expérience de terrain qui nourrit aujourd'hui tout mon travail d'accompagnement.

“On ne comprend vraiment la gouvernance partagée que le jour où on doit gérer un conflit à 23h un mardi soir avec des gens qui sont là bénévolement.”

Le coup d'arrêt : le COVID

Mars 2020. Tout s'arrête. Les activités sont suspendues, le lieu ferme, les rencontres physiques deviennent impossibles. Pour un tiers-lieu dont l'essence même est la rencontre humaine, c'est un coup dur.

Mais ce que le COVID a stoppé, ce sont les activités. Pas les apprentissages. Pas le réseau. Pas la vision. Tout ce qui avait été construit — les compétences, les relations, la compréhension profonde de la dynamique collective — tout cela restait intact.

Et c'est là que le pivot s'est imposé.

Le pivot : du local au global

Si le présentiel était bloqué, la mission, elle, ne l'était pas. J'ai commencé à digitaliser les méthodes qui avaient fonctionné sur le terrain. Les outils de gouvernance partagée, les processus d'intelligence collective, les cadres d'accompagnement — tout pouvait être adapté au format numérique.

C'est de cette transformation qu'est née la Fédération des Ekoacteurs — un réseau qui a fini par s'étendre dans 7 pays de la francophonie. Ce qui avait commencé dans un quartier du Mans se déployait désormais à l'échelle internationale.

La leçon était limpide : un projet ancré dans des valeurs fortes et des méthodes solides peut changer de forme sans perdre son âme. Le local n'était pas une limite — c'était un laboratoire.

5 leçons pour construire un projet collectif en partant de rien

Avec le recul, voici les 5 leçons que je retiens de cette expérience — et que je partage avec chaque porteur de projet collectif que j'accompagne aujourd'hui.

1. Commencez par les gens, pas par le lieu

La tentation est forte de chercher d'abord un local, un financement, une structure juridique. C'est une erreur. Un projet collectif commence par une communauté. Trouvez 5 personnes qui partagent votre vision. Organisez une première rencontre. Le reste suivra — mais seulement si les gens sont là d'abord.

2. Acceptez le flou du début

Oasis Karmonie n'avait pas de business plan au lancement. Elle avait une direction. Le projet s'est défini en marchant, nourri par les énergies de ceux qui s'y engageaient. Trop de projets collectifs meurent parce qu'ils veulent tout planifier avant de commencer. Commencez, et laissez le projet vous montrer ce qu'il veut devenir.

3. Investissez massivement dans la gouvernance

La première cause de mort des projets collectifs n'est pas le manque d'argent. C'est le manque de cadre pour décider ensemble. Formez-vous à la sociocratie, à la CNV, à la facilitation. Mettez en place des processus clairs dès le départ. Ce n'est pas de la bureaucratie — c'est ce qui permet à l'énergie collective de ne pas s'épuiser en conflits.

4. Créez de la valeur avant de demander des moyens

Nous n'avons pas attendu d'avoir un budget pour organiser des événements. Nous n'avons pas attendu d'avoir un local pour fédérer des acteurs. Prouvez la valeur de votre projet par l'action — les moyens viendront quand les résultats seront visibles. L'inverse — attendre les moyens pour agir — est un piège mortel.

5. Préparez-vous à pivoter

Le COVID a tué le format initial d'Oasis Karmonie. Mais il n'a pas tué le projet, parce que la valeur n'était pas dans le lieu — elle était dans les méthodes et les liens. Construisez votre projet sur des fondations qui peuvent survivre à un changement de forme. Votre mission est plus grande que votre format.

“Un projet collectif résilient n'est pas celui qui ne casse jamais. C'est celui qui sait se reconstruire autrement.”

Et maintenant ?

Aujourd'hui, l'expérience d'Oasis Karmonie irrigue tout ce que je fais. Quand j'accompagne un collectif en mission BizDev, quand j'aide un réseau d'acteurs à structurer son offre, quand je facilite une gouvernance partagée — c'est cette expérience de terrain qui parle.

Si vous portez un projet collectif — tiers-lieu, réseau d'acteurs, coopérative, collectif citoyen — voici trois façons d'avancer :

Vous voulez structurer votre projet collectif en autonomie

Le Workbook Collectifs vous donne un cadre pour clarifier votre vision commune, définir votre gouvernance et construire votre feuille de route. Un outil conçu pour les projets à plusieurs.

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Ken Mohoué Anassin
Ken Mohoué Anassin
BUSINESS DEVELOPER · INNOVATIONS SOCIALES · DEPUIS 2014
352 entrepreneurs accompagnés, 63 projets cofondés, 10+ ans de terrain. J'aide les entrepreneurs et experts à impact à structurer et développer leur activité sans sacrifier leur mission. En savoir plus →